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mercredi 28 juin 2017

La Voie Unique






La Voie Unique






     Ce week-end, je discutais avec un ami à propos de la méditation. Celui-ci l'avait pratiquée dans les centres Vipassanā où on lui avait expliqué que la méthode Vipassana était la voie unique pour progresser dans la méditation. Sous-entendu : cela excluait toutes les pratiques méditatives issues du Zen ou des pratiques liées au bouddhisme du Grand Véhicule ainsi qu'au Mahāmudrā et au Dzogchen dans le bouddhisme tibétain, mais aussi toutes les autres écoles du Theravada (auquel se rattache pourtant les centres Vipassanā). La méthode Vipassanā est une méthode fondée au XXème siècle par Satya Narayan Goenka qui a expurgé la méditation bouddhique des éléments religieux et rituels, mais qui a aussi simplifié et appauvri l'enseignement du Bouddha en restreignant la richesse de la méditation à une seule technique. Dans les centres Vipassanā, vous vous engagez à méditer dix jours dix heures par jour et à pratiquer à la lettre une forme simplifiée de l'attention au va-et-vient de la respiration, de la vision pénétrante de la réalité telle qu'elle est et de l'amour bienveillant (metta).

       Attention, il ne faut pas confondre la méthode Vipassanā avec vipassanā elle-même. Vipassanā en langue pâlie (ou vipashyanā en sanskrit) désigne la vison profonde ou vision pénétrante, un stade de la méditation où l'on scrute les choses dans leur réalité fondamentale au-delà des illusions et de la confusion du mental. Vipassanā est toujours présentée en relation avec samatha, la quiétude, le calme mental. L'idée est de pacifier l'esprit de l'agitation qui le perturbe continuellement ; et une fois l'esprit apaisé et serein, on peut aller voir au fond de cet esprit. L'image traditionnelle compare l'esprit habituel à de l'eau en ébullition. Laisser reposer cette eau dans une égalité parfaite est nécessaire pour pouvoir regarder à travers cette eau. Samatha (shamatha en sanskrit) a le rôle d'apaiser cet esprit tandis que vipassanā permet d'en discerner la véritable nature, y compris dans ces zones d'ombre. Tout pratiquant sérieux de la méditation bouddhique cultive à la fois samatha et vipassanā. La méthode Vipassanā est l'enseignement de la méditation revue et corrigée par Goenka.


        En fait, cette manière de revendiquer une « technique » particulière de méditation comme « Vipassanā » vient d'un débat (à mon sens stérile) qui a cours en Inde et en Asie du Sud-Est : la question est de savoir ce qui est spécifiquement bouddhiste dans les conseils sur la méditation prodigués par le Bouddha et ce qui est commun avec les hindous et les autres courants religieux et spirituels comme les jaïns. Pour Goenka, samatha se retrouve dans les yogas hindouistes. Le Yoga Sûtra de Patañjali ne commence-t-il pas par cette définition : « Le yoga est l'apaisement de tous les tourbillons de l'esprit » ? Vipassanā, par contre, serait proprement bouddhiste. Il n'empêche que l'on a besoin de samatha pour cultiver vipassanā ! L'un ne va sans l'autre.

      Toujours est-il que Goenka présente sa propre méthode comme la seule méthode authentique. Dans ces fameuses retraites de 10 jours à 10 heures de méditation par jour, il est formellement interdit de prier ou d'appliquer une autre méthode spirituelle que celle prônée par les enseignants des centres Vipassanā agréés par S. N. Goenka. Puis si un disciple veut continuer à fréquenter les centres Vipassanā, on lui demandera d'abandonner la fréquentation de toute autre centre bouddhiste et tout autre maître spirituel. Il y a là un sectarisme et un dogmatisme assez étroit.

             Soyons honnête pourtant. Ce sectarisme existe aussi chez les pratiquants du Zen qui voient leur école Zen comme la seule manifestation authentique du Dharma du Bouddha. Les pratiquants de la Sokka Gakkai, école japonaise centrée sur le Soûtra du Lotus et la récitation du mantra « Nam Myoho Renge Kyo » (Je rends hommage au Soûtra du Lotus), sont aussi convaincus d'incarner le seul véritable et authentique bouddhisme. Le bouddhisme tibétain n'est pas en reste avec ses querelles d'écoles. Néanmoins, l'esprit Rimé de certains maîtres kagyupas et nyingmapa, axé sur le dialogue et le respect des autres traditions, a atténué quelque peu le sectarisme au sein du bouddhisme tibétain. Aujourd'hui, le dalaï-lama fait un effort remarquable pour prôner activement l'entente entre toutes les écoles du bouddhisme, et même avec les pratiquants du Bön. Malgré tout, une défiance profonde subsiste entre les écoles tibétaines ?






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      La question est donc : y a-t-il une méthode unique qu'il faudrait nécessairement suivre pour atteindre l’Éveil suprême ? Que ce soit la méthode de S. N. Goenka ou de tout autre maître bouddhiste ? Y a-t-il un maître qui serait le détenteur unique de l'authentique Dharma ? Ma réponse sera d'emblée : NON ! Le Bouddha a enseigné une diversité de pratiques spirituelles. Dans le Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration, le Bouddha explique que certains méditants pratiquent les quatre établissements de l'attention ; d'autres s'adonnent aux quatre efforts ; d'autres se concentrent sur les quatre bases des pouvoirs surnaturels, les cinq facultés, les cinq forces, le développement des sept facteurs de l’Éveil, le Noble Octuple Sentier, l'amour bienveillant, la compassion, la joie et l'équanimité, l'impureté des phénomènes, l'impermanence de notre expérience ; et enfin, certains s'adonnent à la pratique de l'attention au va-et-vient de la respiration... Dans ce Soûtra, le Bouddha n'explique pas que seuls ces derniers sont dans le juste, et que les autres sont de vils imposteurs ! Non, au contraire, il veut montrer qu'il y a plusieurs façons d'aborder le Dharma.

       Donc, imposer tel ou tel modèle de pratique comme le seul modèle authentique est un contresens au regard de la doctrine bouddhiste. Personnellement, je n'ai rien contre des stages de 10 jours de méditation intensive, mais il est erroné de dire que c'est la seule bonne manière d'aborder la méditation. Il est frappant de constater que la plupart des gens qui ont pratiqué ces dix jours de méditation intensive le vient comme une expérience forte, mais sans véritable lendemain du point de vue de la pratique méditative. Il y a aussi des choses dérangeantes dans cette façon d'aborder la méditation : on recommande aux stagiaires de cultiver l'équanimité par rapport aux douleurs de la méditation, toutes les douleurs venant d'ailleurs de l'agitation mentale. Mais c'est une douleur que l'on s'inflige à soi-même en s'acharnant à rester immobile des heures durant. Le Bouddha a enseigné un moyen d'éteindre la souffrance. Or là dans la méditation Vipassanā, on se complaît dans la douleur. C'est une bonne chose de connaître la douleur pour progresser sur le chemin spirituel. Voilà une attitude doloriste extrêmement religieux que ne renieraient pas les pénitents du christianisme ou de l'islam qui se flagellent pour purifier leurs fautes et leurs péchés.

    Personnellement, j'aurais une approche beaucoup plus progressive. Pour des débutants, des stages de découvertes de la méditation assise de deux ou trois heures sont largement suffisants avec de la méditation marchée et de la pleine conscience dans l'action. Des sessions de six heures pour des pratiquants plus confirmés est certainement une bonne chose. Mais les stages « à la dure » avec des très longues sessions de méditation, le jeûne et le silence intégral n'ont de sens à mes yeux que pour des méditants de longue date qui ont envie de se confronter frontalement à leurs limites. À mon sens, il vaut mieux méditer cinq par minute tous les jours d'une année que, chaque année, faire une retraite de dix jours au rythme éreintant de dix heures par jour et ne plus pratiquer ensuite. La méditation est quelque chose qui doit infuser lentement dans la vie. Je ne jetterai jamais la pierre à quelqu'un qui veut aller à ce stage de 10 jours ou à quelqu'un qui veut l'organiser, mais je ne suis pas certain que ce soit la meilleure stratégie pour répandre le Dharma dans le monde. Il y a peut-être des gens à qui cela convient très bien, et tant mieux pour eux, mais cela n'est certainement pas profitable à tout le monde.




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        Cela étant dit, dans cette diversité d'enseignement et de pratiques, n'y a-t-il pas une base unique et authentique du Dharma ? Il y a bien sûr des concepts centraux de la philosophie du Bouddha comme l'impermanence, la compassion, le non-soi, l'extinction de la souffrance, qui tracent la ligne entre ce qui est le Dharma et ce qui n'est pas le Dharma. Quelqu'un qui viendrait avec l'idée de cultiver la haine et la malveillance ne pourrait quand même pas revendiquer cela comme une pratique authentique bouddhique ! Mais de manière plus profonde et plus subtile, il y a une pratique que le Bouddha considère comme une Voie Unique ou un Véhicule Unique (Ekayāna, en sanskrit et en pâli, yāna signifie le chemin et le véhicule qui sert à le parcourir). Cette Voie Unique, c'est la pratique de l'attention.

        Dans le Soûtra des Quatre Établissements de l'Attention (Satipatthana Sutta), le Bouddha présente la pratique de l'attention soutenue et répétée comme une voie royale pour atteindre l’Éveil :

« Ô moines, il existe une voie unique, merveilleuse,
Qui aide les êtres à réaliser la purification,
À transcender le chagrin et la peine,
À détruire la douleur et l’anxiété,  
À parcourir le juste chemin,
À atteindre le Nirvāna.
Cette voie, 
ce sont les quatre établissements de l’attention 1 ».


      Les quatre établissements de l'attention sont l'attention au corps, l'attention aux sensations, l'attention à l'esprit et l'attention aux objets de l'esprit. Cette attention est essentielle pour réaliser l’Éveil. Bien sûr, il y a d'autres pratiques méditatives comme répandre autour de soi l'amour bienveillant, la compassion, la joie, l'équanimité, comme focaliser l'esprit sur un seul point et augmenter sa capacité de concentration, comme méditer sur la vacuité... Mais toutes ces pratiques ne deviendront des pratiques d’Éveil que si vous lui y adjoignez une attention soutenue. L'amour bienveillant, par exemple, illuminera votre vie ; mais si vous ne lui adjoignez pas les quatre établissements de l'attention, cet amour bienveillant ne vous conduira qu'à renaître dans les mondes divins de Brahmā, et pas à vous libérer définitivement du samsāra, le cycle des existences conditionnées.

       Cette notion d'Ekayāna, de Véhicule Unique, se retrouve également dans les textes du Grand Véhicule, notamment le Soûtra du Lotus Blanc du Véritable Dharma (Saddharma Pundarīka Sūtra). Dans ce Soûtra du Lotus, le Bouddha révèle que son enseignement originel n'était pas complet. Il donne l'image d'un magicien qui aurait l'intention de sauver des gens d'un péril et qui, pour les inciter à bouger, fait apparaître magiquement une cité, un havre au milieu du désert. Et cette cité est une illusion, mais cela a permis de faire avancer les gens. Quand ils arriveront à cette cité illusoire, ils se rendront compte que le véritable objectif est plus loin dans une autre cité beaucoup plus et beaucoup plus prestigieuse. Pareillement, selon le Soûtra du Lotus, le Bouddha n'aurait enseigné le « Petit Véhicule » que pour encourager les êtres sensibles à se libérer du samsāra ; mais le but réel, tel que le Mahayāna, le Grand Véhicule, le présente, c'est la libération de tous les êtres, un projet beaucoup plus vaste que la simple libération individuelle. Néanmoins, le Soûtra du Lotus met en avant la notion de Véhicule Unique, Ekayāna, un véhicule qui transcende et englobe les autres véhicules, porte d'accès unique à la suprême bouddhéité. On a alors un sens beaucoup plus mystique de l'Ekayāna.

      Au fond, je pense que l'Ekayāna en tant qu'attention juste du « Petit Véhicule » et l'Ekayāna en tant qu'esprit d’Éveil absolu du Grand Véhicule se rejoignent entièrement : l'attention juste dans les 4 établissements (corps, sensations, esprit et objets de l'esprit) est la graine qui germe et se développe dans l'esprit d’Éveil absolu. Il faut d'abord cultiver l'attention à ce qui est pour pouvoir entrer pleinement dans la réalité absolue. Le bouddhisme du Grand Véhicule a besoin de cette notion de l'Ekayāna pour recoller les morceaux après avoir divisé le bouddhisme en plusieurs véhicules (Véhicules des Auditeurs, Véhicules des Bouddhas par Eux-Mêmes, Véhicules des Bodhisattvas) et retrouver l'unité fondamentale de l’Éveil.

       Notez bien dès lors que l'interprétation littérale du Soûtra du Lotus qui prévaut dans les écoles japonaises Tendai, Nichiren et Soka Gakkaï et qui dit que le seul Véhicule Unique (Ekayāna) est le Grand Véhicule (Mahayāna) est particulièrement problématique, en plus de conduire au sectarisme et au dogmatisme. Si le Grand Véhicule est le seul Véhicule véritable du bouddhisme, cela signifierait que les enseignements du Bouddha que l'on retrouve dans le canon pâli (et qui relèvent du « Petit Véhicule », appellation injurieuse) seraient nuls et non-avenus. Le Bouddha aurait menti toute sa vie en prêchant un faux bouddhisme. Cette interprétation sectaire du Soûtra du Lotus fait du Bouddha un menteur et un escroc. Je pense que c'est un constat difficilement acceptable pour quelqu'un qui a un minimum de respect envers Siddhartha Gautama, le Bouddha Shakyamuni. La seule façon de sortir de cette aporie est d'accepter l'interprétation du Soûtra du Lotus qui voit dans l'Ekayāna une entité qui transcende et englobe les 3 autres Véhicules.

        Comme il est dit dans le chapitre II du Soûtra du Lotus : « Shāriputra, l'Ainsi-Allé ne prêche le Dharma aux êtres qu'à l'aide de l'Unique Véhicule de l’Éveillé, il n'y a pas d'autres Véhicules, ni deux, ni trois. Shāriputra, le Dharma de l'ensemble des Eveillés des dix orients est comme celle-ci.
Shāriputra, les Éveillés des temps passés ont exposé leurs enseignements aux êtres à l'aide d'innombrables et incalculables moyens habiles, une grande variétés de relations, de paraboles et de discours. Parce que ces enseignements constituaient tous l'Unique Véhicule des Éveillés, tous ces êtres qui entendront le Dharma de la bouche d'un Bouddha parachevèrent l'acquisition de la science de tous les aspects 2 ».

       Il y a une multitude d'enseignements et de pratiques qui peuvent porter différentes étiquettes, mais tout cela se résorbe dans le Véhicule Unique. Quand on pratique une voie particulière, on devrait donc garder à l'esprit que cette pratique particulière ne s'oppose aux pratiques de votre voisin, même si celui-ci est dans une autre école, lit d'autres soûtras que les vôtres et fréquentent d'autres maîtres. La sagesse est voir le Véhicule Unique derrière chaque pratique du Dharma.

     De manière générale, cette idée de Voie Unique ou de Véhicule Unique qu'elle soit inspirée par le Soûtra des Quatre Établissements de l'Attention ou le Soûtra du Lotus n'appartient à aucune école, aucun courant du bouddhisme, aucun maître, aucun texte, aucune catégorie, aucun mot, aucun concept. Personne ne peut le revendique pour lui ou pour son école ; personne ne peut exclure a priori un autre pratiquant bouddhiste de cette Voie Unique ou Véhicule Unique. L'Ekayāna n'est là qu'à l'endroit où il y a une pratique authentique dans le grand silence du Dharma.










1 Soûtra des Quatre Établissements de l’AttentionSatipatthana Sutta, Majjhima nikāya, 10.


2 Le Sûtra du Lotus, traduit du chinois par Jean-Noël Robert, Fayard, Paris, 1997, p. 76.





















Voir aussi : 











Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.




















6 commentaires:

  1. Dans les dojos et centres zen que je fréquente, je croise souvent des gens qui rentrent d'une retraite Vipassanā.

    D'après ce que j'ai compris, il es recommandé d'"essayer" plusieurs maîtres puis d'en choisir un seul mais après avoir choisi celui-ci, rien n'empêche de méditer dans n'importe quelle autre tradition de manière ponctuelle.

    L'un des avantages des retraites Vipassana, c'est le coût qui peut aller jusqu'à la gratuité.

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  2. Bonsoir Sb,

    D'après les témoignages dont on m'a fait et les renseignements que j'ai pu glaner sur les centres Vipassana, la première retraite est effectivement gratuite, mais ensuite, il y a une forte pression morale pour donner et financer les centres.

    Si on ne fait qu'une retraite, on peut effectivement appartenir à une autre tradition. Et j'ai plusieurs amis pratiquant du Zen Sôtô ou inter-être qui ont fait une retraite Vipassanâ, mais après on demande de n'adhérer qu'au centre Vipassanâ, et les excursions dans d'autres centres spirituels sont très mal vues. C'est à ce moment que l'on ressent le sectarisme un peu inquisiteur de ce mouvement.

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  3. Pour plus d'informations sur les centres Vipassanâ, voir notamment ce travail très intéressant d'un sociologue, Bruno Demers, de l'université du Québec : "Guérir de soi dans la modernité : le cas de la pratique de la méditation vipassanâ" :

    http://docplayer.fr/12355018-Universite-du-quebec-a-montreal-guerir-de-soi-dans-la-modernite-le-cas-de-la-pratique-de-la-meditation-vlpassana.html

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  4. Moui mais comme dans un club de tennis de table. On ne t'incite pas à aller ailleurs.
    Je te l'ai peut-être déjà dit mais nous organisons des rencontres interbouddhistes et interreligieuses pour éviter le sectarisme.
    Malgré cela je trouve difficile de ne pas préférer la voie qu'on a choisi et de trouver toutes les bonnes et les moins bonnes raisons pour justifier ce choix.

    Lors d'un mondo, quelqu'un qui allais se faire ordonner moine à demander au maître pourquoi choisir moine bouddhiste plutôt que moine chrétien. Le maître a simplement répondu qu'il pouvait changer d'avis et devenir moine chrétien.

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  5. Cela va beaucoup loin qu'un club de ping pong ! On exerce une pression morale pour ne pas aller dans un centre, ne pas fréquenter un autre maître spirituel et ne pas pratiquer une autre forme de méditation que la méthode Vipassanâ. Ce serait comme un club de tennis de table où on t'interdirait de faire du tennis ou du badminton.

    Avant chaque retraite, on t'oblige à remplir un formulaire où tu dois expliquer tes expériences spirituelles (et où, accessoirement, tu dois dévoiler ta vie et ta sexualité). Il est très mal vu d'aller dans d'autres centres que les centres Vipassanâ. Tu risques des remontrances, voire d'être d'exclu. C'est fort bien documenté dans le travail de Bruno Demers.

    En qui concerne le centre Zen Sôtô européens, je pense que l'atmosphère y est tout autre. Personne ne râle si on fréquente d'autres courants du bouddhisme. Je suis allé longtemps dans un centre où on pratiquait certains jours du Zen Sôtô et d'autres jours du Zen Inter-être de Thich Nhat Hanh.

    Par ailleurs, la tendance dominante dans les centres Zen (que j'ai fréquentés) est aussi à un certain syncrétisme christiano-bouddhiste. Les gens parlent régulièrement de leur rapport à la chrétienté. Je me souviens même d'une fois où tous les personnes présentes étaient d'accord pour regretter les messes en latin (sauf moi qui vient d'un milieu profondément athée). Ils se demandaient comment élever leur enfant avec des valeurs chrétiennes aujourd'hui. J'étais abasourdi : mais pourquoi pas élever les enfants avec des valeurs bouddhistes ? Elles sont bien, les valeurs bouddhistes, non ?

    La situation est sensiblement différente au Japon.

    Donc je n'ai pas de problème à ce qu'un pratiquant du Zen Sotô dise que rien n'est mieux que le Zen Sôtô ou qu'un pratiquant Vipassanâ trouve que sa méthode est la meilleure, le problème vient quand on dit que c'est la seule Voie et qu'on fait pression pour empêcher les autres membres du groupe à s'intéresser à d'autres Voies.

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  6. C'est rigolo, Le syncrétisme entre le zen et le christianisme qui est effectivement fréquent me choque également.
    D'un côté je suis admiratif des jubus (juifs-bouddhistes) dans leur capacité à concilier voir parfois à se réconcilier avec leurs origines spirituelles grâce à zazen.
    D'un autre, après avoir étudier la déconstruction nietzschéenne du judéo-christianisme je me vois mal me réconcilier avec mes origines chrétiennes. J'ose seulement espérer que zazen me rende plus tolérant avec ceux qui ne font pas les mêmes choix que moi.

    J'irais jeter un œil au travaux de Bruno Demers mais je resterais méfiant car cela ne correspond pas tout à fait au son de cloche que j'ai des gens qui fréquentent les retraites Vipassanâ. C'est peut-être circonstanciel à une ère géographique ou à une période donnée.

    Pour fréquenter différents lieux notamment sur internet via des forums bouddhistes pas toujours bienveillant et non sectaires, je dirais que l'insulte la plus fréquente c'est celle de New Age. Ce que l'on reproche à ceux qui passent d'une tradition à une autre et qui fréquente différents maîtres c'est d'en faire du tourisme spirituel (ce qui est presque aussi mal vu que le tourisme sexuel). C'est l'extrême opposé au sectarisme.

    J'ai un ami comme ça qui fréquente notre dojo zen soto, mais qui fréquente aussi des druides en bretagne, des ashrams hindouistes, qui fréquente amma, récemment il a séjourné plusieurs mois au village des pruniers, fait régulièrement des retraites vipassana. Il m'a dit que de toute façons pendant les retraites vipassana il ne parlait à personne. Par conséquent personne n'est censé savoir tout ce que je viens d'écrire. Les gens du dojo le trouve un peu perché.
    Personnellement je le trouve curieux et j'ai tendance à la bombarder de question. C'est quelqu'un qui par exemple sent la présence d'êtres invisibles en forêt.
    Je me dis que ça doit être enrichissant de multiplier les expériences mais personnellement, à plus de 40 ans, je n'ai plus le temps de me disperser contrairement cette personne qui à moins de 25-30 ans.

    Pour ce que j'ai lu de la relation mâitre-disciple, elle quand même censé être un peu exclusive.

    Évidemment quand on a fréquenté les universités de philosophie, et qu'on a rencontré d'excellents profs, le fait de n'en fréquenter qu'un seul même excellent nous semble absurde. Mais peut-être est-ce différent.

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