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mercredi 15 mars 2017

Commentaire au Soûtra des Kālāmas




Commentaire au Soûtra des Kalamas








      Le Soûtra des Kālāmas est un texte important, car c'est là que se manifeste de la façon la plus éclatante l'absence de dogmatisme du Bouddha et sa confiance dans le libre-arbitre raisonné des hommes. L'occasion dans laquelle le Bienheureux va pouvoir donner cet enseignement est importante, car cela se passe dans un bourg de l'Inde antique qui se trouve sur une route très fréquentée où de nombreuses ascètes errants et d'érudits font une halte. Le peuple des Kālāmas se voit donc souvent visité par toutes sortes de prêcheurs et d'érudits qui exposent leurs thèses métaphysiques. Or très souvent ces thèses s'opposent entre elles.


      Emmanuel Kant, dans les premières pages de sa Critique de la Raison Pure, comparera la métaphysique à un champ de batailles où se disputent les dogmatiques de toutes sortes : ceux qui pensent qu'il y a un Dieu, ceux qui pensent qu'il y a plusieurs dieux et ceux qui pensent qu'il n'y a pas de dieu du tout, ceux qui pensent que Dieu est immanent, d'autres qui le voient transcendant, certains qui l'appellent Jéhovah ou Yahweh, ceux qui le nomment Allah, et d'autres encore Ishvara, Shiva, Vishnu, sans oublier ceux qui refusent catégoriquement de le nommer.... Il y a ceux qui croient à un univers infini, ceux qui le voient au contraire tout à fait fini, ceux qui le pensent éternel et ceux qui voient sa fin inexorable... Il y a ceux qui séparent l'âme du corps et ceux qui pensent que le corps et l'âme sont une seule et même chose. Voici quelques exemples parmi d'autres d'incompatibilités métaphysiques qui alimentent les disputes entre penseurs et religieux. Et souvent l'attitude dogmatique consiste à prétendre détenir la Vérité ultime qu'on ne saurait remettre en question. De cette Vérité révélée et proclamée agressivement, on prétend posséder les clefs du bien et du mal. On ne saurait être décemment dans le Bien si on n'adhère pas à la bonne foi, à la véritable Vérité, si on ne souscrit pas à l'orthodoxie (étymologiquement, « orthodoxie » signifie d'ailleurs : l'opinion juste, droite).

      Les Kālāmas sont les témoins de ces disputes théologiques et philosophiques et sont pour le moins perplexes : ils voient une foule d'ascètes et de religieux qui se succèdent et qui disent tout et leur contraire ! C'est pourquoi le Bouddha leur dit : « Il est parfaitement normal que vous soyez dans le doute et la perplexité, car vous naviguez précisément dans une matière qui est douteuse et sujette à controverse ». Implicitement, le Bouddha leur dit qu'ils peuvent déstresser. Souvent en effet, les gens vivent dans l'angoisse lancinante de ne pas être dans le Vrai, dans la Vérité transcendante, c'est pourquoi ils se rattachent si facilement à ces religieux fondamentalistes qui ne doutent jamais de leur croyance, même et y compris si elles s'avèrent manifestement fausses. En fait, il n'est pas si important d'avoir le dernier mot sur le Vrai en métaphysique. On n'encoure pas l'éternelle damnation si on se trompe sur ce qui se dépasse largement l'entendement humain. Il est beaucoup plus important de se concentrer sur le bien et le mal que l'on peut faire ou ne pas faire dans l'existence.

    C'est pourquoi le Bouddha recentre son propos sur la dimension éthique et leur conseille de ne pas croire aveuglément les gens qui essayent de vous faire partager la même foi que la leur. C'est la raison d'être d'un des plus conseils du Bouddha que je ne peux que conseiller d'afficher dans sa chambre ou sa demeure, de lire et de relire, d'écrire et de de réécrire, voire de retenir par cœur :

       « Kālāmas, ne vous laissez pas guider par ce que vous avez entendu dire, ni par les traditions religieuses. Ne vous laissez pas guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée : ‘ce religieux est notre maître spirituel’ ».

       L'acte de raison est d'abord un acte de défiance envers tout ce qui se présente un trop facilement comme une « autorité ». Toutes les religions cherchent à imposer leur domination à grand coup de dogmes et de certitudes imposées. Mais ce n'est parce qu'un maître religieux parle fort et assène avec force ses convictions qu'il faut le croire sur parole. Il est important d'examiner minutieusement le bien-fondé de ses affirmations, même s'il a de la prestance avec sa belle robe de brahmanes ou d'évêques, même s'il a de l'éloquence ou de l'aplomb dans ses propos et qu'il a derrière lui toute une institution prête à imposer ses croyances.

        Tout cela se base sur la révélation d'un prophète ou d'un messie qui aurait vu Dieu et qui lui aurait parlé. Mais entre la prophétie et l'hallucination, il n'y a malheureusement souvent qu'un pas trop vite franchi... Dans une parabole célèbre, le Bouddha compare les religieux qui croient à une révélation des textes sacrés à une file d'aveugles se tenant les uns les autres, tous persuadés qu'au bout de la file, il y a quelqu'un qui sait et qui voit la réalité divine. Tout cela n'est pas une base très solide pour fonder une vie juste !

        Pareillement, on ne peut pas se fier aveuglément à la tradition, à ce que tout le monde croit ou fait depuis toujours sans se poser de questions. Les traditions peuvent être très belles et très rassurantes par leur côté répétitif et institué ; mais les traditions peuvent aussi être absurdes, voire franchement malsaines, comme l'excision par exemple. On ne peut pas suivre non plus aveuglément l'opinion dominante ou les paroles de ceux qui se présentent comme des experts et qui maintiennent leur emprise sur les gens grâce à un langage sophistiqué et mystérieux.

           Il serait également très peu raisonnable de suivre la simple logique et les vraisemblances probables. Une personne qui n'aurait aucune éducation en astronomie pourrait regarder le soleil se lever, aller tout en haut du ciel et puis se coucher chaque soir, et en conclure que, forcément, le Soleil tourne autour de la Terre. Cela relèverait du simple bons sens. Pourtant, le bon sens est, dans ce cas-là, incapable d'envisager l'idée que la Terre tournant sur elle-même, elle donne l'apparence illusoire d'un Soleil tournant chaque autour de notre planète. Dans la vie courante, un homme bien habillé et ayant de la prestance peut sembler quelqu'un de sérieux, mais tous les escrocs savent qu'une bonne présentation est un atout essentiel pour mettre les gens en confiance...



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     Il faut donc abandonner ces autorités morales, non parce qu'elles sont fausses ou qu'elles ne sont pas dignes de respect. Ces autorités pourraient dire le vrai en tout ou en partie. Mais le problème est qu'il y a toujours une possibilité d'erreur et de méprise avec elles. Le doute est toujours de rigueur dès lors que quelqu'un proclame détenir la Vérité. Il faut examiner avec minutie leur propos au moyen de notre raison aiguisée.

     Cela vaut aussi pour la doctrine du Bouddha. Cela n'a aucun sens de prendre tout ce que dit le Bouddha au pied de la lettre sans fournir un examen approfondi de ses affirmations. Il est juste et il est sain d'envisager la doctrine du Bouddha à la flamme du doute, même et surtout si on le considère comme le plus grands de tous les maîtres spirituels.




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        Une fois que l'on a remis en question toutes ces autorités, on peut se mettre à penser par soi-même et à se demander ce qu'il conviendrait d'éviter pour éviter une vie malheureuse. Comme le dit le Bouddha :

     « Cependant, lorsque vous savez par vous-mêmes que certaines choses ne sont pas justes, qu'elles sont blâmables, condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, elles conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les ! »

        On peut évaluer soi-même ce qui est bon et ce qui nous est nuisible par notre réflexion. On n'est pas obligé d'être comme un petit enfant qui attend les ordres et les instructions d'un adulte. On peut se mettre à réfléchir soi-même à ce qu'il conviendrait d'éviter. Notez bien que ce n'est pas là une réflexion complètement solitaire. On peut regarder les personnes sages autour de soi pour évaluer notre action. L'héroïne peut sembler être une très bonne chose à première vue ; puisque cela atténue nos souffrances et que cela apporte très vite un voluptueux bien-être. Mais c'est une illusion : les personnes sages évitent cette drogue parce qu'elles savent que le paradis artificiel se mue très vite en enfer de la dépendance. Mais en dernier recours, c'est à nous d'évaluer ce qui est bon et ce qui est nuisible pour nous-mêmes et les autres.

      Le Bouddha prend l'exemple de l'avidité, de la haine et de l'égarement (les trois poisons fondamentaux de l'esprit) et de l'impétuosité, cette agitation constante dans l'esprit et dans notre comportement. La question est : est-ce que ces choses nous amènent à adopter de mauvaises conduites ? À être violent envers autrui ? À blesser ou à tuer ? À voler le bien d'autrui et à condamner les autres à la misère et aux privations ? À adopter une forme de sexualité qui crée de la souffrance autour de soi ? À mentir et à trahir la confiance que les autres ont placé en nous ? Si ces choses provoquent ce genre de méconduites et de tourments, c'est qu'alors il s'agit de tendances mauvaises qu'il faudrait ne pas accueillir en soi.

      À l'inverse, quand des tendances bénéfiques se produisent en nous, qu'elles créent du bonheur et du bien-être en soi et autour de soi, on peut par notre réflexion accueillir positivement ces tendances, les encourager et les renforcer. Comme dit le Bouddha : « Cependant, Kālāmas, lorsque vous savez par vous-mêmes que certaines choses sont justes, qu’elles sont irréprochables, louées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les ! ».



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        Ensuite, le Bouddha fait l'apologie des quatre qualités incommensurables : l'amour, la compassion, la joie et l'équanimité. Quelque soit notre croyance ou les idées métaphysiques auxquelles on adhère, on peut développer et faire rayonner ces qualités autour de nous. Cela ne peut que faciliter les relations sociales et diminuer toute cette malveillance, cette cruauté, cette avidité, cette discorde, cette indifférence aux autres qui pourrissent tellement le monde.

      Pour le Bouddha, il s'agit de faire rayonner ces qualités dans toutes les directions de l'espace, embrassant tout le monde de cette amour bienveillant, de cette compassion, de cette joie et de cette équanimité. Il s'agit de souhaiter du bien-être et les causes du bien-être envers tous les êtres sensibles sans distinction, que ces êtres nous soient aimables, qu'ils nous soient indifférents, et même si ces êtres sensibles nous paraissent repoussants, voire détestables. C'est l'amour bienveillant. Il s'agit aussi de souhaiter que toutes les souffrances qui frappent les êtres soient soulagées et que les causes qui contribuent à créer ces souffrances soient définitivement dissipées. C'est la compassion. Il s'agit de se réjouir des qualités des êtres et de leurs actions bénéfiques. C'est la joie. Et enfin, il s'agit de souhaiter que les êtres soient en paix, libérés de cette agitation qui les font courir vers le plaisir et le bien-être et qui les font fuir la douleur et le malheur. C'est l'équanimité.

          « Kālāmas, le disciple des nobles êtres éveillés, qui s'est ainsi libéré de l'avidité, de la haine et de la compréhension erronée, fait rayonner une conscience pleine de bienveillance dans la première direction (l’est), et de même dans la deuxième, dans la troisième, dans la quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, et partout dans l'univers ; il demeure faisant rayonner une conscience pleine de bienveillance, large, profonde, sans limites, libre de toute haine et de toute malveillance.

         Également, le disciple des nobles êtres éveillés demeure, faisant rayonner une conscience pleine de compassion dans la première direction et de même dans la deuxième, dans la troisième, dans la quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans l'univers ; il demeure faisant rayonner une conscience pleine de compassion, large, profonde, sans limites, libre de toute haine et de toute malveillance.


        Également, le disciple des nobles êtres éveillés demeure, faisant rayonner une conscience pleine de joie altruiste dans la première direction et de même dans la deuxième, dans la troisième, dans la quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans l'univers ; il demeure faisant rayonner une conscience pleine de joie altruiste, large profonde, sans limites, libre de toute haine et de toute malveillance.


        Également, le disciple des nobles êtres éveillés demeure, faisant rayonner une conscience pleine d'équanimité dans la première direction et de même dans la deuxième, dans la troisième, dans la  quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans l'univers ; il demeure faisant rayonner une conscience pleine d'équanimité, large, profonde, sans limites, libre de toute haine et de toute malveillance. »

        Il est intéressant de noter que la pratique de répandre ces quatre qualités incommensurables existe aussi dans le Yoga Sûtra hindouiste de Patañjali et les textes sacrés du jaïnisme. Ainsi on trouve cette strophe dans le Yoga Sûtra :

« La sérénité du psychisme est issue de méditation
de la bienveillance, la compassion, la joie et l'équanimité
avec pour objets
le plaisir, la douleur, le mérite et le démérite ». (I, 33)

        Vyâsa commente ainsi cette stance : « Le yogin doit créer en lui la bienveillance à l'égard de tous les êtres vivants qui sont arrivés à l'état de jouissance d'un plaisir, la compassion à l'égard de ceux qui souffrent, la joie à l'égard de ceux dont la nature est méritante, l'équanimité à l'égard de ceux dont la conduite n'est pas méritoire. Chez celui qui ainsi crée ces états en lui, il apparaît une vertu limpide. Et grâce à cette vertu, son psychisme est rasséréné. Rasséréné, fixé sur un seul objet, il obtient une position stable1 ».


       Les bouddhistes appellent cette pratique méditative des quatre qualités incommensurables les « quatre demeures de Brahmâ », car pratiquer ces quatre qualités fait renaître dans les mondes divins de Brahmâ. Le Bouddha choisit donc une pratique qui peut être partagée autant par des bouddhistes que des hindouistes que des jaïns. Une pratique qui ne demande d'adhérer à une quelconque croyance métaphysique.






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       Enfin, le Bouddha évoque les fruits d'une action juste pour le bien commun. Mais il ne le fait pas en invoquant un principe métaphysique de rétribution des actions bonnes comme dans la plupart des religions. Vous avez intérêt à bien vous comporter, même si présentement cette bonne action ne vous rapporte rien, voire vous cause des ennuis, et quel que soit la réalité de ce qui se passe après la mort.


         C'est que le Bouddha appelle les quatre certitudes :


       « Kālāmas, le disciple des nobles êtres éveillés qui a une pensée ainsi libre de toute haine, et de toute malveillance, qui a une pensée irréprochable et pure, est quelqu'un qui trouve les quatre certitudes, ici et maintenant, en pensant :
Supposons qu'il y ait, après la mort, des conséquences pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). En ce cas, il est possible, après la dissolution du corps, après la mort, que je renaisse dans un monde céleste. Telle est la première certitude.

    Supposons qu'il n'y ait pas, après la mort, de conséquences pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). Dans ce cas, dans la vie présente, je demeure, en tout état de cause, détendu, libre de toute haine et de toute malveillance. Telle est la deuxième certitude.

        Supposons que des conséquences négatives retombent sur l'individu qui a commis des mauvaises actions. Quant à moi, je n’ai souhaité aucun mal à personne. Alors comment se pourrait-il qu'une conséquence négative retombe sur moi qui n’ai commis aucune action mauvaise ? Telle est la troisième certitude.

         Supposons qu’aucune conséquence négative ne retombe sur l'individu qui commet des actions mauvaises. Alors dans les deux cas, je peux considérer que je suis pur. Telle est la quatrième certitude ».


       Le Bouddha évoque quatre possibilités après la mort. À cette époque dans l'Inde antique, tout le monde croyait en la réincarnation. Donc ces quatre possibilités se situe dans ce cadre ; mais il y avait d'importantes différences par rapport aux modalités de cette réincarnation : certains pensaient que les actions bonnes étaient récompensées et les actions néfastes punies, c'est la loi du karma. Certains pensaient que les actions bonnes n'étaient pas récompensées, d'autres pensaient que les actions néfastes ne laissaient pas de trace sur vos existences futures. D'autres enfin pensaient que les réincarnations étaient une sorte de loterie : le hasard décidait de votre sort à chaque nouvelle, une fois, on tire une vie heureuse avec des richesses, une autre fois, une vie malheureuse avec des tragédies et des maladies, sans que cela ait de quelconques connexions avec nos comportements de cette vie-ci.

     Plutôt que d'imposer une quelconque croyance, le Bouddha essaye de réfléchir le bien-fondé d'accomplir des actions justes selon chaque type de croyance. Si la loi du karma se vérifie, eh bien tant mieux, on ira revivre dans un le champ céleste des dieux ! Si la loi du karma ne se vérifie pas, ce n'est pas si grave, je peux avoir la conscience d'être droit dans mes bottes, d'accomplir mon devoir et d'être un honnête homme. Je peux alors être en paix avec moi-même. Comme le dit le Bouddha : « Dans ce cas, dans la vie présente, je demeure, en tout état de cause, détendu, libre de toute haine et de toute malveillance ». Si les actions néfastes retombent sur l'individu dans une vie prochaine, alors j'évite les enfers et les conditions de vie misérables. Si ces actions néfastes n'ont pas d'impact sur les futures, au moins je peux avoir la satisfaction d'être quelqu'un de pur dans cette vie-ci.

       La conclusion de cela est que je devrais me demander comment bien me comporter avant d'avoir des réponses sur les grands mystères métaphysiques de l'existence : y a-t-il un Dieu ou des dieux ? Qu'y a-t-il après la mort ? L'âme et le corps sont-ils séparés ? Ou est-ce une entité unique ? Tout cela est très nébuleux. Il vaut mieux réfléchir à ce qui apporte du bien-être à soi-même et à ses semblables. L'éthique précède la métaphysique dans l'ordre des priorités de l'existence. Comment venir à bout du problème de la souffrance. Voilà la question centrale.







1 Yogabhâsya de Vyâsa (sur le Yogasûtra de Patañjali), traduit par Pierre-Sylvain Filliozat, éd. Âgamât, Palaiseau (France), 2005, pp 97-99. 






















Voir aussi : 







Ni autre, ni identique

- Croire en la réincarnation ?




- Rien de trop 








Matthieu Ricard







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