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dimanche 11 janvier 2015

Penser l’homme et l’animal au sein de la Nature - 1ère partie

Penser l’homme et l’animal au sein de la Nature





            Yves Bonnardel et David Olivier sont deux penseurs importants dans la cause de la libération animale et la mouvance antispéciste. Tous les deux ont été les chevilles ouvrières des Cahiers Antispécistes qui est la revue en pointe concernant la réflexion philosophique et politique tournant autour de la question animale. Dans le cadre de cette réflexion engagée pour faire avancer l’antispécisme, David Olivier et Yves Bonnardel en sont venus à attaquer ce qu’ils appellent « l’idée de Nature ». Selon eux, cette idée de Nature est un obstacle au progrès de l’idée antispéciste en ce qu’elle implique nécessairement un ordre hiérarchique au sein de la Nature. Et cet ordre justifie forcément l’inégalité et l’injustice ainsi que des relations de domination et de soumission entre les êtres sensibles et conscients qui évoluent au sein de cette Nature. Cela fait longtemps qu’un ami antispéciste m’a demandé de me pencher sur cette question et sur ce traitement de l’idée de Nature chez David Olivier et Yves Bonnardel, ce à quoi je vais m’atteler maintenant.


Je pense qu’il faut bien comprendre que le mot « Nature » est très riche de sens et qu’il peut désigner des choses assez différentes selon le sens particulier que l’on va donner à ce mot. Tout d’abord, on peut parler de la Nature comme étant l’univers physique et matériel tout autour de nous. Au XVIIème siècle, quand Baruch Spinoza parle de la Nature, il la définit comme l’ensemble de tout ce qui existe. Toujours au XVIIème siècle, Galilée et Isaac Newton était considéré comme des « philosophes de la Natures », non pas qu’ils vivaient  comme des bons sauvages dans la forêt amazonienne, mais parce que leurs recherches portaient sur l’étude de la Nature (le terme « scientifique » n’apparaissant qu’au XIXème siècle) : la Nature étant le monde physique composé d’astres, de planètes, de comètes et de satellites divers. La Nature peut aussi évoquer le monde vivant qui nous entoure : les forêts, les fleurs, les animaux, les écosystèmes terrestres et marins. Cette conception tant à s’opposer alors au monde artificiel des hommes : les villes, les usines, les routes, les voitures et les engins de toutes sortes.











Le mot « nature » peut aussi se retrouver dans une expression comme  la nature d’une chose : la nature de l’Homme, la véritable nature de quelqu’un, la nature de la lumière ou que sais-je encore… Le mot « nature » est ici quasiment synonyme de « essence » : parler de la Nature de l’Homme revient à se demander quel est l’homme au plus profond de lui-même. Est-il bon ? est-il mauvais ? Il est vrai qu’en général cette acception du mot « naturel » renvoie à un ordre naturel extérieur : si l’Homme est bon par nature comme le pense Jean-Jacques Rousseau ou s’il est mauvais comme le pense Thomas Hobbes, c’est parce que la Nature (ou Dieu qui est le Créateur de la Nature, la Nature naturante comme le disent les philosophes) l’a façonné comme cela.

Ayant préalablement insisté sur cette polysémie du mot « Nature », j’en reviens à la critique de l’idée de Nature. Dans la pensée de Bonnardel et Olivier, il me semble que deux choses distinctes sont critiquées :
·  d’une part, l’idée de Nature comme impliquant un ordre naturel inégalitaire ;
·  et d’autre part, la Nature vivante dont les écologistes veulent la conservation et la préservation.


Et plus particulièrement au sein des écologistes, le courant de l’écologie profonde qui pose problème aux antispécistes : l’écologie profonde mettant la Nature sur un piédestal, elle accepte comme naturelle la chasse puisque la prédation fait partie de manière inhérente de la Nature. Voire cette prédation est même utile comme processus darwinien de limitation des membres d’une espèce ; la prédation contribue à l’équilibre des écosystèmes. Les écologistes profonds ne refuseront donc pas la chasse pour peu qu’il s’agisse d’un acte respectueux de la Nature et de la bête chassée. Ils ne cautionneront pas la chasse gratuite ou sportive qui contribue à mettre en péril des espèces menacées, mais accepteront une chasse en vue de la survie. Par ailleurs, les écologistes acceptent également l’élevage pour peu qu’ils soient respectueux de l’environnement et des animaux. Ils condamneront l’élevage industriel comme une des pires aberrations modernes. Les écologistes militeront en faveur de la limitation de la consommation de la viande, car la production de la viande implique des émissions colossales de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, qui contribuent au réchauffement climatique. La production de la viande est responsable pour une grande partie de la destruction de la forêt amazonienne en vue de produire du soja et du maïs qui vont nourrir le bétail européen, de la pollution de l’eau et des sols…. Donc les écologistes soutiendront en général des campagnes comme le « Jeudi Veggie » lancée par l’association végétarienne belge EVA, mais seront néanmoins partisans d’un élevage familial proche de la Nature et des bêtes, où, par exemple, celles-ci peuvent gambader dans les prairies. Les écologistes refusent donc le végétarisme strict et, à plus forte raison, le véganisme qui est le noyau central de l’éthique antispéciste. 


     C’est à ce titre aussi que s’opère le rejet de « l’idée de Nature » par Bonnardel et Olivier : conférer un statut privilégié à la Nature revient à accepter la violence intrinsèque de la Nature, à accepter comme le poète anglais Alfred Tennison : la Nature rouge de ses crocs et de ses griffes (Nature, red with teeth and claws). Et donc refuser d’en finir une fois pour toute avec l’exploitation à l’encontre des animaux. C’est donc cela qu’il faudra discuter aussi : faut-il accorder un statut privilégié à la Nature ou pas ?





Lire la suite : 2ème partie











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Sur les définitions philosophiques du mot Nature, voir ici.











 Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la libération animale ici..




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