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dimanche 29 juin 2014

Jean-Jacques Rousseau : Me voici donc seul sur la terre...

Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains a été proscrit par un accord unanime. Ils ont recherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes. Ils n’ont pu qu’en cessant de l’être se dérober à mon affection. Les voilà donc étranger, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher.

Jean-Jacques Rousseau , « Les Rêveries d’un promeneur solitaire », 1776-1777.


Caspar David Friedrich, Promeneur contemplant le paysage



Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.

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